Revue de presse · 30 août 2018 à 18:12 · 0
Mieux vaut éviter d'être malade quand on est étranger. Selon un rapport de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii), que Le Canard enchaîné a pu consulter, le nombre de titres de séjours délivrés aux étrangers malades a fortement diminué.
Ce dispositif concerne peu de monde : en 2017, seulement 14 713 malades ont obtenu la permission de rester sur le territoire français pour des raisons médicales (soit à peine 1200 par mois). Mais visiblement, c'est déjà trop pour le gouvernement. Car le taux de refus de délivrance de titres de séjours pour raisons médicales est passé de 23% (en 2013) à 47% (2017). En clair, un quart des dossiers étaient refusés il y a quatre ans. Désormais, c'est presque la moitié des demandes de titre de séjour pour raisons médicales qui sont rejetées.
Est-on moins malade aujourd'hui ? Les progrès médicaux dans les pays en développement ont-ils fait un tel bon qui justifieraient ce changement de politique ? La plupart des refus sont motivés de la même manière : le malade n'est pas obligé de se faire soigner en France, son pays d'origine offrant le même niveau de prise en charge médicale. L'Office français, qui traite ces demandes, dispose d'une base de données permettant de savoir si tel ou tel pays prend en charge certaines pathologies.
Sauf que selon plusieurs ONG, notamment Médecins du Monde, cette base de données comporte des informations erronées. Exemple ? Le service médical de l'Office français estime que les malades mentaux sont très bien soignés au Cameroun, en Angola ou au Mali. Or, d'après les ONG, dans ces pays, les soins sont “insuffisants”, voire “inexistants”. Même chose pour les patients atteints d'hépatite B ou C (maladie potentiellement mortelle). L'Office français n'a accepté que 10,8% des étrangers atteints de cette maladie, sous prétexte que ces malades pouvaient être soignés dans leur pays. Inhumain : selon Le Canard, dans certains de ces pays, “les malades sont seulement traités en cobayes via des protocoles expérimentaux”.
En réalité, la baisse du nombre de titres de séjours délivrés pour raisons médicales est purement politique, d'après l'hebdomadaire : “Les médecins de l'Ofii, chargés depuis janvier 2017, de délivrer le précieux sésame sont, selon les associations, soumis à la pression du ministère de l'Intérieur dont dépend leur employeur”. Beau travail.
*** Source
- Dominique Simonnot, “Soigne ta tuberculose d'abord !”, Le Canard enchaîné n°5102, 08.08.2018
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